Rétro SCO Angers

Rétroscopie

1957 : Angers s'incline en finale de la Coupe

Les déboires de Gégène


L'équipe du SCO finaliste de la Coupe de France 1957. Debout de gauche à droite : Bill Groëncke (préparateur physique), Kowalski, Hnatow, Sbroglia, Bourigault, Pasquini, Fragassi, Presch (entraîneur). Accroupis : Le Gall, Schindlauer, Tison, Biancheri, Loncle.

Malgré les six buts encaissés ce jour-là, la finale de la Coupe de France 1957 reste, trente-six ans après, la principale référence du football angevin. Scoïste depuis sa plus tendre enfance, Claude Bourigault avait marqué un but ce jour-là à Colombes. Bien insuffisant cependant pour réparer les boulettes inhabituelles du gardien, Gégène Fragassi.

Pour encadrer l'équipe angevine qui accédait, cette année-là, à la Première division, les dirigeants durent dans un premier temps pourvoir au remplacement de Karel Mychlowsky, qui avait tapé dans l'œil des recruteurs lensois. Ils firent donc confiance à Walter Presch, un Autrichien d'origine, naturalisé français et ancien joueur de Sète et de Strasbourg. Grand voyageur, il arrivait du Danemark avec une solide réputation d'entraîneur « physique » ne badinant pas avec la discipline. « C'est sûr qu'il nous a beaucoup bougés », reconnaît aujourd'hui Claude Bourigault, le sourire aux lèvres. « Il nous a fait faire d'incontestables progrès mais il avait quand même une psychologie un peu bizarre ». Le bonhomme en tout cas ne laissait pas indifférent et les avis à son sujet sont partagés. « Avec lui, même Kowalski fermait son clapet ! » se souvient un supporter angevin, tandis que pour Alphonse Le Gall, « A l'écouter, c'était lui seul qui gagnait en cas de victoire du SCO et nous qui perdions en cas de défaite... » Toujours est-il qu'avec sa méthode bien personnelle et grâce aux progrès accomplis dans les domaines tactiques et physiques, Presch s'acquitta facilement de la tâche qui lui était confiée, à savoir le maintien en Première division.

Une défense de fer...

L'accession à la finale de la Coupe allait donc arriver un petit peu comme la cerise sur le gâteau. « Dès les seizièmes de finale, nous avions réussi un joli coup en sortant le Racing 1-0 grâce à un but de Marcel Loncle à Nantes, un stade qui nous réussissait bien... » Claude Bourigault, Angevin de toujours, « J'ai débuté au SCO comme minime ! » avait un rôle bien défini dans cette formation : celui de prendre en charge le meneur de jeu visiteur pour ne plus le lâcher d'une semelle. Il remplit fort bien cette difficile mission puisque le SCO n'encaissa qu'un tout petit but dans les différents tours de la Coupe de France 1957 (et encore dans le cadre d'un match rejoué après un 0-0 initial contre Nîmes) avant d'arriver en finale. L'avant-dernière étape de ce parcours sans faute eut pour cadre Marseille où, devant des journalistes phocéens qui le découvraient sous son meilleur jour, l'ancien Marseillais Le Gall marqua le but de la victoire sur Bordeaux 1-0. Sedan ayant en 1956 remporté la Coupe de France l'année-même de son accession en D1, on ne doutait pas du côté du SCO que l'histoire allait se répéter.

Cette saison-là, fait unique dans les annales de la Coupe, il appartint à un arbitre étranger, en l'occurrence un Anglais, de diriger les vingt-deux acteurs et ce à la grande désapprobation des arbitres français qui n'avaient pas apprécié cette initiative de la FFF et qui d'ailleurs qualifièrent de « très large » la direction du jeu de M. Clough.

Il serait malvenu toutefois d'expliquer par ce simple fait les raisons de la défaite scoïste. La défense angevine si brillante jusque-là (Kowalski, Pasquini et Sbroglia jouaient ensemble depuis cinq saisons), allait complètement exploser en finale, à l'image du gardien Eugène Fragassi qui, aux dires des observateurs, avait pourtant été le meilleur joueur de son équipe tout au long de la saison.

... qui explose en finale !

Trente-six ans après, Bourigault tente encore de trouver des explications à l'invraisemblable fébrilité de son pote Gégène ce dimanche-là : « Il était blême avant le match et un peu absent. Incompréhensiblement, il ne s'était d'ailleurs pratiquement pas entraîné avant le début du match. Je crois aussi qu'il faisait une fixation sur le stade de Colombes où, avec Strasbourg, il avait déjà encaissé cinq buts quelques années plus tôt en demi-finale ».

L'intéressé, comme dans un mauvais rêve, ne réagira pas sur le premier but, partira à retardement sur le second, sera trompé par Kowalski sur le troisième et encore incroyablement absent sur le cinquième, ce qui lui fera dire bien des années plus tard « habituellement, je sais concéder un but avec une certaine élégance. A Colombes, je n'ai même pas eu cette satisfaction. Quelle histoire ! »

Le SCO se battra pourtant vaillamment. Mené 3-0 au bout d'une demi-heure de jeu avec un Jules Sbroglia blessé (les remplacements étaient alors interdits en cours de match), il reviendra à 3-1 « et à ce moment-là, on a dominé comme des fous » puis 4-2. « L'arbitre a refusé à Biancheri le but de 4-3, je me demande encore pourquoi... » et enfin 5-3 sur un but de Bourigault lui-même. La finale la plus prolifique de l'histoire du football français se terminera finalement sur le score de 6-3 puisque Brahimi, à la dernière minute, parachèvera l'indiscutable succès toulousain devant un Eugène Fragassi atterré au sens propre comme au sens figuré... « Individuellement, ils étaient sans doute meilleurs que nous, mais des matches comme celui-là on en avait pourtant remportés quelques-uns à cette époque-là ».

Claude Bourigault terminera son propos par un sympathique : « Surtout n'accablez pas Gégène Fragassi ! » plein de tendresse et de prévenance à l'égard de celui qu'il sait encore un peu malheureux quelque part tant d'années après l'événement. Du reste, si tous les Angevins ayant vécu l'événement étaient malheureux ce jour-là, c'était bien pour Gégène et non pas à cause de lui... A l'issue de la saison, Presch, éternel voyageur et de surcroît en désaccord avec la plupart de ses joueurs, reprendra son baluchon. Il sera remplacé par Blondel, dont le groupe obtiendra dès l'année suivante le titre de vice-champion de France à égalité avec Nîmes et Monaco, loin derrière l'intouchable Stade de Reims. A la pointe de l'attaque était alors apparu un certain Stéphane Bruey, qui allait faire parler de lui. Claude Bourigault faisait bien sûr partie du même groupe. Il restera d'ailleurs fidèle à son club d'origine jusqu'en 1964 où il partira terminer sa carrière à Rennes, dans le cadre d'un échange avec Stephan Zymzak. Il reviendra ensuite à Angers pour s'occuper de la section amateurs (dans laquelle évoluait un certain Jean-Marc Guillou) qu'il aidera à accéder en CFA avant de s'orienter vers une carrière de représentant et de goûter il y a peu aux joies de la retraite. La maudite finale reste quand même après coup « un très bon souvenir que beaucoup de gens auraient aimé vivre malgré tout ». Surtout à Angers où depuis trente-six ans, on attend toujours...

Benoît BLANCHET

Rétro-Echo

Kowalski : Trois jours avant la finale, Kowalski, qui n'avait pas trop bien supporté la cohabitation avec son entraîneur durant l'année, eut une vive altercation avec celui-ci. A la fin d'un entraînement, Kowalski voulut faire quelques tours de terrain supplémentaires, ce que Presch lui interdit formellement « Si vous faites ça, vous n'irez pas à Colombes », lui dit-il, ce à quoi Kowalski répondit non sans menacer physiquement son entraîneur « Si vous faites ça, vous n'irez pas non plus ». Kowalski étant une force de la nature « 1,72 m, 84 kg et pas un poil de graisse », selon Alphonse Le Gall, Presch finit donc par laisser tomber...


Il reste quelques minutes à jouer et Claude Bourigault inscrit au Toulousain Roussel un troisième but hélas inutile. [ndlr, Bourrigault n'apparaît hélas pas sur la photo car victime de la coupe à la mise en page chez nos amis du Courrier de l'Ouest.]

Merci au Courrier de l'Ouest pour l'article et à Benoît B. pour le scan.


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